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Départ du Préfet Jean-Luc VIDELAINE

 
 
Départ du Préfet Jean-Luc VIDELAINE

En poste depuis le 26 février 2013, le Préfet du Finistère, Jean-Luc VIDELAINE, va quitter le département pour prendre les fonctions de Préfet du Var à compter du 19 septembre prochain.

A l'occasion de son départ, qui a réuni de nombreux acteurs de la vie du département dans une ambiance conviviale, le Préfet Videlaine a prononcé ces mots :

"Dans une lettre de 1862, adressée à son ministre de l’intérieur Persigny, l’empereur Napoléon III lui faisait valoir qu’ « un préfet médiocre mais connaissant depuis longtemps le pays vaut mieux qu’un préfet distingué et de passage ».

Mettant ainsi en quelque sorte en œuvre les consignes impériales, le gouvernement a eu la sagesse et la bienveillance de m’accorder un séjour en Finistère qui aura duré trois ans et demi. C’est donc un dixième de ma carrière qui se sera déroulé ici, parmi vous.

Les meilleures choses ont une fin, et une intuition digne d’éloges m’avait conduit, au cours des dernières semaines, à ne renouveler ni la carte de médiathèque, ni l’abonnement à la piscine.

J’évoquais à l’instant une carrière d’un tiers de siècle.

Autant dire que des réceptions du type de celle qui nous réunit ce soir -des pots de départ, comme on dit- j’en ai vécu beaucoup ; les inévitables discours j’en ai écrit, j’en ai prononcé, j’en ai surtout beaucoup entendu.

C’est un genre littéraire qui a ses règles. Elles semblent simples :

- apologie du territoire,

- hagiographie du locuteur,

- remerciements.

Il s’agit donc, en une fine progression dialectique, d’expliquer :

- que le territoire était déjà formidable,

- qu’il l’est encore davantage grâce à l’action avisée de celui qui parle,

- et que ce progrès a été favorisé par l’aimable concours de ceux qui écoutent (quelquefois avec impatience).

Reprenons si vous le voulez bien, les choses en sens inverse :

- les remerciements sont un exercice impossible : trop généraux ils sont inopérants, individualisés ils sont lassants et présentent le risque d’oublis coupables ;

- en terme d’éloges de soi-même, il a pu m’arriver ailleurs et jadis d’en entendre d’extraordinaires ; le « miles » préfectoral est assez souvent « gloriosus ».

Je vous demanderai simplement d’admettre, pour reprendre des termes constitutionnels, que je n’ai pas interrompu le fonctionnement régulier des pouvoirs publics, voire même -mais là je dérive vers la vantardise- que j’ai pu contribuer à le maintenir.

Ceci fut fait en un temps où la crédibilité de la parole et de l’action publiques pouvait nécessiter un effort quelquefois soutenu.

Au doute goguenard ou indigné, les représentants de l’État et du gouvernement que sont les préfets doivent opposer conviction et démonstration.

Ceci fut surtout fait en un lieu, ce département qui est le vôtre.

Est-il besoin d’en souligner l’excellence et la singularité ? Je vous en sais tous profondément persuadés. Avec sagesse et à raison vous savez ne pas céder à l’auto-dénigrement délétère qui s’est trop souvent manifesté dans le pays.

Si je devais résumer en un seul mot la perception des gens que j’ai pu avoir ici, je choisirai celui de sérieux. Prenez-le pour ce qu’il est, un compliment.

Il n’y a rien d’aussi étranger au tempérament d’ici que le dilettantisme ; on ne se paie pas de mots.

Pour ceux qui exercent le même type de fonctions que moi, ce sérieux est un atout majeur quand il s’agit des collaborateurs. Il est une exigence quelquefois astreignante quand il s’agit des interlocuteurs.

Les temps ont pu être difficiles. Jamais d’ennui au singulier, et assez souvent des ennuis au pluriel.

Mais comme le dit un personnage du faucon maltais de Dashiell Hammett « I don’t mind a reasonable account of trouble » («  je ne suis pas opposé à une somme raisonnable d’ennuis »).

Donc je pars, nous partons, et loin, franchement loin, à tous égards.

En général, dans de tels discours on laisse toujours supposer qu’on reviendra. La sagesse antique nous apprend aussi qu’on ne se baigne jamais dans le même fleuve.

Quimper, où l’Odet coule alternativement dans les deux sens, est le seul endroit où l’on peut se baigner deux fois dans le même fleuve."